Hubert Ripka, homme politique tchécoslovaque

Le nom d’Hubert Ripka (1895-1958), journaliste et homme politique ayant combattu à plusieurs reprises pour l’indépendance tchécoslovaque, reste encore aujourd’hui inconnu à de nombreux Tchèques. Il fait partie de ceux dont le nom a disparu des manuels scolaires sous le régime communiste qui le qualifia d’« un des principaux initiateurs du renversement anti-populaire en février 1948. » Depuis 1989, les historiens s’attachent à lui redonner la place qu’il mérite dans l’histoire tchécoslovaque. En 1991, il fut décoré à titre posthume d'ordre de Thomas G. Masaryk, premier pas vers sa réhabilitation.

Ripka participa à la vie politique tchécoslovaque pendant la première moitié du XXe siècle, période pendant laquelle son pays fut bien servi en évènements tragiques. Son destin dramatique rappelle celui d’Edvard Beneš, deuxième président tchécoslovaque qui assista à la fin de sa vie, en 1948, en quelque sorte, à la destruction des idéaux pour lesquels il s’était battu. De même pour Ripka. Sa confiance tourna à la déception, sentiment qu’il éprouva envers deux pays censés garantir l’indépendance tchécoslovaque : la France et l’Union soviétique.

Ripka & MasarykRipka arriva à maturité juste au moment où un nouvel Etat tchécoslovaque naissait sur les ruines de l’Empire austro-hongrois. Pendant ses études, il fit connaissance d’Edvard Beneš, qui devint, en même temps que Tomas G. Masaryk, son maître à penser. Ripka commença ensuite sa carrière de journaliste en se concentrant sur le domaine des affaires étrangères et compléta ses connaissances par de nombreux voyages, entre autres en France et en Union soviétique. Sa francophilie fut en grande partie liée à son mariage avec une Française, Noémi Schlochow, qui, grâce à sa connaissance du tchèque, contribua au développement des relations entre les deux pays. Cet attachement à la France fut pour Ripka une source de désarroi après la « trahison de Munich » en septembre 1938, événement qu’il considéra comme la fin de l’indépendance nationale et qui l’incita à partir en exil en France.

A Paris puis à Londres, Ripka contribua à déterminer les principes de la politique étrangère tchécoslovaque. Il salua la signature du pacte tchécoslovaco-soviétique en 1943 comme un des achèvements les plus réussis garantissant l’indépendance de son pays. La France ayant manqué à sa tâche, c’est en l’Union soviétique qu’il plaça alors ses espoirs pour garantir la sécurité de son pays après la guerre.

En 1945, il poursuivit sa carrière en tant que ministre du Commerce extérieur, poste doublé d’une dimension politique. Le principe de base était pour lui une alliance avec l’Est contrebalancée par un rapprochement avec l’Ouest. Cependant, le début de la Guerre froide ne permit pas à la Tchécoslovaquie de jouer le rôle de pont entre les deux parties du continent européen. S’inspirant de l’exemple français, où les communistes avaient été écartés du pouvoir, il initia en février 1948 la démission par laquelle douze ministres démocrates entendaient empêcher les communistes de prendre le pouvoir.

Hubert RipkaAinsi, sa francophilie suscita chez Ripka deux sentiments opposés : déception en 1938 et délivrance dix ans plus tard. Son orientation pro-soviétique connut également un retournement radical : Ripka perdit définitivement toute illusion sur la bienveillance de Moscou après le coup de Prague. Dans ses mémoires intitulées « La Tragédie de février », il affirme que « la Tchécoslovaquie succomba à l’Union soviétique malgré sa politique d’amitié.»

Quelle est la leçon à tirer de ses deux déceptions fatales ? Peut-être celle que la perspicacité d’un homme politique se mesure à ses capacités à évaluer les perspectives d’évolution internationale. Et celle aussi que l’histoire de la Tchécoslovaquie au XXe siècle exigeait une actualisation permanente de tout attachement personnel à un pays particulier en fonction de cette évolution.

ARTICLE PARU SUR
RADIO PRAGUE
sous le nom de Zuzana Kolouchová
28/7/2005